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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 16:21

 

D'étranges usages du discours...

 Magritte

 

« Des mots pour le dire », « mettre des mots sur les maux », « abréaction », « débriefing », « verbalisation », « catharsis », « symbolisation »: toutes ces pratiques sont à l'évidence nécessaires et utiles à l'identification puis au dégagement des affects douloureux.

 

Ce bénéfique usage débouche parfois sur une « Mythologie » individuelle (« totémisation »), familiale  (« saga » & « rituels  de narration »), voire politique (« story telling », cher aux conseillers en communication des « élus ») et commerciaux (« slogans » répétés à l'envi).

 

Le risque est de confondre « Mythologie » et « Réalité »: le « Réel » ne se dit qu'avec une distance, celle de la « mise en forme », il y a TOUJOURS un écart entre la chose et la chose dite, entre la Rose et Le Nom de la Rose...

 

Or d'aucuns, après avoir verbalisé, oublient cet écart « rempli » de lyrisme, d'hyperboles, de bruits et de fureurs, de figures de style, d'hypertrophie humorales et d'exagérations polémiques -le même processus existe avec la litote et toutes les formes de dénégations, de dénis et de scotomisations.... avec la construction de la même béance!-, et... hallucinent un nouveau Réel qui n'est que le PSEUDO-SIGNIFIÉ de leur SIGNIFIANT.

 

Voici -nettement caricaturé!- le schéma d'une telle dérive (exemple simple que chacun pourra extrapoler à l'aune de sa propre biographie):

 

  1. je me sens vexé par une petite remarque

  2. je polémique, me prends au jeu

  3. le ton monte (donc... déjà en grand écart avec la « petite remarque » initiale)

  4. j'en viens -et « l'Autre » aussi au « point Godwin »

  5. la rupture qui s'ensuit est narrée avec lyrisme

  6. dans la représentation des interlocuteurs puis dans la mienne, une pseudo-Réalité se tresse peu à peu

  7. tout le monde est persuadé que le « vrai Réel » est la chose narrée, et chacun rajoute son « coefficient narratif », au point que le « vrai Réel » sera totalement oblitéré par le discours: LE MYTHE SERA … LA RÉALITÉ

 

Dans le travail thérapeutique, la mise en mots n'a de sens que si elle est IDENTIFIÉE en tant que telle: il s'agit de SYMBOLISATION, non d'un travail d'Historien.

Ni plus, ni moins....

 

Les mots « signifiants », « symbolisant » un affect ne sont que l'émanation d'un MOMENT, d'une CRISE, transcendés par un EFFET DE STYLE salvateur mais... fallacieux.

 

 

Sans Mythologie, le Réel fait diablement mal (« diabolô », en Grec, signifie « séparer »...)

Sans Réel, la Mythologie « tient lieu de Réel », cela s'appelle « folie », « leurre », « illusion »...

 

À BON ENTENDEUR...

 

 

* cf. "STAT ROSA PRISTINA NOMINE, NOMINA NUDA TENEMUS" : La rose ancienne n'existe plus que par son nom, nous ne tenons que des noms vides, (transposition -Umberto Eco- de la citation de Bernard de Cluny: "NUNC UBI REGULUS AUT UBI ROMULUS AUT UBI REMUS? STAT ROMA PRISTINA NOMINE, NOMINA NUDA TENEMUS" (Maintenant où est Régulus, où est Romulus, où est RÉMUS? Rome n'existe que par son nom ancien, nous ne tenons que des noms vides)

 

 

 

* cf. Platon (Cratyle)

- Σωκράτης

Ἆρ᾽ οὖν οὐ καὶ τὸ λέγειν μία τις τῶν πράξεών ἐστιν;

Socrate

Mais parler , n'est-ce donc pas une des praxis?

 

 

Σωκράτης

 

Οὐκοῦν καὶ τὸ ὀνομάζειν πρᾶξίς τίς ἐστιν

Socrate

Donc, « nommer » est une praxis

 

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Published by taneb
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